Discours du 3 avril : Les 3 mesures fortes attendues

C’est le dernier virage. Au soir du 3 avril, lorsque le Président Macky Sall prononcera son discours, à la veille de la Fête de l’Indépendance, il aura fini de se soumettre à la sanction de ses concitoyens qui devront juger, sur pièce, son magistère. Car le discours de nouvel an, du 31 décembre 2018, ne serait qu’une formalité et n’aurait quasi aucune influence sur la décision des Sénégalais qui devront se choisir un président de la République moins de deux mois après. C’est dire l’importance de son adresse à la Nation du 3 avril.

Le Président Macky Sall devra donc saisir cette opportunité pour annoncer des mesures fortes, au-delà d’un discours énumératif de ses réalisations que même ses détracteurs les plus féroces lui reconnaissent. Le challenge est ailleurs. Il est dans la capacité du Président Macky Sall de contenir les assauts de ses adversaires, d’apaiser le front social et de raviver la flamme de l’espoir qui l’avait porté au pouvoir. Une vraie redistribution des cartes s’impose alors. Et dans cette dynamique, trois mesures fortes s’avèrent inéluctables.

Le Président Macky Sall doit balayer les accusations qui pèsent sur lui et selon lesquelles il voudrait écarter Khalifa Sall et Karim Wade de la course à la présidentielle de 2019. Pour cela, il devra annoncer sa volonté (sous réserve d’éventuels recours suspensifs, pardi) de gracier le maire de Dakar. Si, évidemment, ce dernier est condamné car s’il ne l’est pas, ces accusations tomberont d’elles-mêmes tel un château de cartes. La justice ayant fini son travail, la loi octroie la prérogative discrétionnaire au chef de l’État de gracier des prisonniers, comme à l’accoutumée, à la veille du 4 avril. Khalifa Sall pourrait faire partie de ce lot. Le Président Macky Sall enlèverait ainsi un argument de campagne de taille à l’opposition qui a fait de l’affaire Khalifa Sall son cheval de bataille.

Celui qui doit aussi bénéficier de la magnanimité du président de la République, c’est bien Karim Wade. Le Président Macky Sall est accusé, à tort ou à raison, de l’avoir exilé. L’intéressé lui-même s’en est plaint dans ses correspondances épistolaires postées depuis Doha. Le chef de l’État a donc l’obligation de se prononcer sur la question pour édifier les Sénégalais. Il ne peut plus en faire l’économie. Ce serait une faute politique que de continuer à occulter cette question. Il devra donc dire clairement aux Sénégalais qu’il ne retient nullement Karim Wade au Qatar et que ce dernier peut revenir dans son pays quand il souhaite. La sanction pécuniaire ne saurait, à cet effet, servir de prétexte à Karim Wade, pour ne pas revenir, qui voudrait éviter de subir une contrainte par corps. Une moratoire pourrait même lui être donnée pour le paiement des 138 milliards F Cfa qu’il doit non pas à Macky Sall mais à l’État du Sénégal.

Par ailleurs, ces deux décisions auront une incidence politique forte sur la recomposition de l’échiquier politique sénégalais. Elles auront le don, en plus de dédouaner le Président Macky Sall, de circonscrire la marge de manœuvre d’Idrissa Seck. Ce dernier avait mis à profit l’absence de Karim Wade et l’emprisonnement de Khalifa Sall pour s’ériger en leader de l’opposition et challenger direct du Président Macky Sall. Il perdra cette posture au retour de Khalifa Sall et Karim Wade sur la scène politique. La concurrence qui naîtra de cette nouvelle configuration pourrait être favorable au Président Macky Sall qui verrait ses adversaires directs se neutraliser dans un combat de préséance dans laquelle les lilliputiens comme Ousmane Sonko n’auront aucune place.

La troisième mesure forte est relative à l’apaisement du front social. Pour cela, un jeu de chaises musicales s’impose dans le gouvernement. Par exemple, Serigne Mbaye Thiam devra changer de ministère. Non pas qu’il a fait de mauvais résultats mais pace qu’il a atteint un degré de saturation face à la radicalisation des enseignants. Le faire migrer pourrait apporter un climat d’apaisement dans l’Education et les enseignants seraient alors obligés d’accorder une période de grâce à son successeur. Ne serait-ce que le temps pour s’imprègne des dossiers.

La ministre de la Protection de l’Enfance, Ndèye Ramatoulaye Guèye Diop, devrait, pour sa part, forcément partir pour avoir mal géré le dossier de kidnapping et de tuerie des enfants. Il est clair que la sécurité des personnes et des biens est du ressort du ministère de l’intérieur, mais aurait suffit un simple communiqué pour apaiser les familles éplorées et rassurer les Sénégalais ou pour demander des sanctions fermes contre ces criminels conformément aux textes qui protègent la Petite enfance. Le mutisme de Ndèye Ramatoulaye Guèye Diop est impardonnable. Le Président Macky Sall devrait la démettre pour ne pas subir les foudres des Sénégalais.

En ce qui concerne la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr devrait aussi migrer vers une autre station. Les travailleurs de la Santé le jugent peu conciliant dans les négociations avec les syndicats. En plus, le Rapport de l’ARMP l’a épinglé pour un abus de marchés de gré à gré même s’il s’en défend.

En prenant, au moins ces trois mesures, entre autres, le Président Macky Sall aura démontré à son peuple qu’il est à son écoute, qu’il se soucie de leur bien-être et qu’il n’a jamais été animé par la volonté d’écarter des adversaires politiques. Ajoutées à ses réalisations, elles constitueraient les éléments d’un bilan – défendable aux plans politique, économique et social – où le passif serait négligeable par rapport à l’actif.

Related Articles

Laisser un commentaire

Close