Procès Imam Ndao et Cie: les terribles révélations d’Abdou Aquim Bao, ex combattant d’Aqmi au Nord du Mali (Par Siaka Ndong)

Le procès d'une trentaine de "Djihadistes" présumés, tous de nationalité sénégalaise se poursuit à la salle 4 du Palais de justice de Dakar. Le troisième jour de ce marathon judiciaire qui devrait prendre fin en principe dans moins de trois semaines, a été marqué hier par l'interrogoire d'un ex combattant d'Aqmi au Mali.

Abdou Aquim Bao, c’est son nom. Il est aujourd’hui âgé de 34 ans. Il a été attrait ce mercredi devant la barre de la Chambre criminelle en formation spéciale du Tgi de Dakar pour les faits d’actes de terrorisme, financement du terrorisme et association de malfaiteurs par menace. L’acussé a nié les faits qui lui sont reprochés. Il a cependant reconnu que dans le courant de l’année 2012, il était confronté à d’énorme difficultés financières après avoir abandonné ses études en classe de terminale. A l’en croire, c’est sur recommandation d’une connaissance répondant au nom d’Anas, sans autres précisions, qu’il a pris le chemin du Nord Mali. A la question du juge pourquoi cette destination? Abdou Aquim Bao a tout simplement répondu que le nommé Anas lui avait dit qu’il pouvait se faire beaucoup d’argent en un temps record, s’il acceptait d’intégrer les rangs de l’organisation terroriste Aqmi. C’est sur ses entrefaites que le jeune ouakamois a accepté cette offre et finalement il s’est retrouvé au Nord du Mali. Une fois dans les bases d’Aqmi, il a déclaré avoir  subi une formation en technique de combat, au maniement d’armes et d’explosifs de fabrication artisanale. Selon l’accusé, après son incorporation, il a eu à participer aux côtés des forces d’Aqmi dans une bataille  contre l’armée régulière du Mali. « Dans nos rangs, il y avait beaucoup de morts. Moi, j’ai eu la chance, parceque je n’étais pas en avant garde », se souvient-il. Selon Abdou Aquim Bao, dans les camps d’Aqmi au Nord du Mali, il avait acquis une certaine expérience mais aussi la confiance de ses chefs. « Dans les camps d’entraînement, j’ai été l’adjoint d’un sous-commandant. Et il nous arrivait de former les nouveaux venus aux maniement d’armes et aux techniques de combats », a-t-il notamment souligné. A l’en croire, parmi la trentaine de personnes qu’il a eu à former, il n’y avait aucun sénégalais. Dans son long recit qui a tenu en haleine la salle d’audience, le sieur Abdou Aquim Bao a toutefois reconnu avoir trouvé sur place un sénégalais du nom d’Abdourahmane Mendy. Il a aussi déclaré, que dans la zone sous contrôle d’Aqmi, il lui est arrivé d’être dans un groupe de combattants dont le rôle était de garder des otages Hollandais, Suédois et Sud-Africans. « Nous étions pas régulièrement rénuméré. Les gens d’Aqmi m’ont une fois donné trois billets de 500 euros. C’était quand je voulais quitter le Nord du Mali. Sinon durant tout le temps passé labà, je recevais de petites sommes de temps à autres », a-t-il dit.  Bousculé de questions à l’instruction d’audience, Abdou Aquim Bao a répété à mainte reprises qu’il n’était pas allé faire le « Djihad » au Mali mais se faire la poche. Néanmoins, il a déclaré qu’avant son départ pour le Nord du Mali, il était membre de la confrérie « des gens de la Sunna du Prophète Muhamad ». « Au Nord Mali, j’ai été en contact avec des Kamikazes. J’en ai rencontré deux », a-t-il soutenu à la barre. Toutefois, il a déclaré qu’il n’a jamais tué encore moins assisté à des exécutions sommaires. « Je ne suis pas un malfaiteur. Mais ces gens-là  (Ndlr: Aqmi) sont des malfaiteurs », a en outre déclaré Abdou Aquim Bao. Soumis au feu roulant des questions du juge et du procureur, au sujet de l’Imam Alioune Badara Ndao, l’accusé a déclaré qu’il a une fois rencontré ce dernier mais c’était bien avant son départ pour le Mali. Cependant, il s’est vite empressé de préciser qu’il n’a aucune relation particulière avec le religieux natif de Kaolack. Abdou Aquim Bao qui regrette cette parenthèse de sa vie, a juré que si s’était à refaire, il ne le ferait plus. « En rentrant au Sénégal, je n’ai reçu aucune directive particulière. Je suis revenu de mon propre gré en mars 2015. On m’a seulement conseillé, une fois au pays, de changer régulièrement de domicile pour des raisons de sécurité », a-t-il ajouté. Selon Abdou Aquim Bao, depuis son retour au bercail, sa foi s’est atténuée et il tombe régulièrement malade. « J’ai été interné à deux reprises à l’hôpital Principal-Pavillon France pour troubles psychiques. Je me rendais parfois à l’hôpital de Fann pour me faire consulter », a-t-il conclu. Au terme de son interrogatoire, le procès a été suspendu pour être repris ce matin. Affaire à suivre…

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