Emmanuel Macron fragilisé par l’affaire Benalla

Deux mois et demi après les faits, le chef de l’État a dû licencier vendredi, sous la pression, son « Monsieur Sécurité », auteur de violences lors de manifestations du 1er Mai.

Une Assemblée nationale en ébullition, un groupe majoritaire ébranlé, un Premier ministre rattrapé par l’« affaire » alors qu’il cherchait un peu d’oxygène sur le Tour de France, un président toujours silencieux… Et, surtout, contraint d’agir sous la pression, ce qu’il déteste le plus : Emmanuel Macron n’a pas eu d’autre choix vendredi matin, 48 heures aprèsl’explosion de la crise la plus grave depuis le début de son quinquennat, que de lâcher son « Monsieur Sécurité », Alexandre Benalla. L’Élysée a en effetannoncé son licenciement alors qu’il était placé en garde à vue, après la diffusion des vidéos le montrant passer à tabac deux manifestants le 1er mai dernier.

Une décision en forme de volte-face qui dénote une fébrilité, voire un vent de panique à l’Élysée. Toute la journée de jeudi, la présidence campait sur la certitude d’avoir réglé une bonne fois le cas Benalla par la sanction qui lui avait été infligée dès le 2 mai, au lendemain des faits.

C’est donc cette stratégie du dos rond, du pari que les Français ont la tête ailleurs et que l’affaire se tassera d’elle-même, qui vient de voler en éclats. Car elle ne résiste pas à la cascade de révélations sur la personnalité controversée, sur la place et le rôle réel du chargé de mission de l’Élysée, et même sur l’effectivité de sa mise à pied.

« Des petits marquis »

« Alexandre Benalla était depuis cantonné à un rôle subalterne, insistait auprès de nous un conseiller du président. Rendez-vous compte, c’est lui qui s’occupait des bagages des footballeurs lundi dernier ! » Rétrogradé en simple soutier ? Voire. Ce fameux jour de célébration du retour des Bleus, il est en réalité incontournable.

Autre signe de flottement, quand un collaborateur du chef de l’État élude et s’agace quand on l’interroge sur le rôle exact de Benalla auprès du président, dont la sécurité rapprochée est assurée par les agents du GSPR. « C’est quelqu’un qui a une formation d’agent de sécurité, enfin qui a une expérience dans le domaine de la sécurité… » Façon de reconnaître le fossé entre son bagage réel et sa fonction, à 26 ans, de superviseur en chef de la protection du président Macron.

« Il y a toujours eu des types un peuborder dans le monde du pouvoir, des gens qui se sentent valorisés parce qu’ils travaillent au plus près des puissants et font un peu ce qu’ils veulent en se comportant comme des petits marquis », constate un conseiller ministériel.

« Qu’il fasse sauter Strzoda !»

Beaucoup, en coulisses, s’alarment de la gestion calamiteuse de la crise, dont les retombées atteignent déjà le chef de l’État. Pourquoi, s’irritent certains piliers de la majorité, son directeur de cabinet Patrick Strzoda « est-il allé raconter à la presse que Macron était informé des faits depuis le début ? En faisant cela, il mouille le président ». De fait, face à de telles tempêtes, le rôle d’un « dircab » est de faire tampon pour protéger le « patron »… voire de jouer les fusibles. « Je n’attends que ça, qu’il fasse sauter Strzoda !» se lâche une élue LREM.

Mais à ce point de gravité, le départ de ce sexagénaire expérimenté proche de la retraite suffirait-il à apaiser les esprits ? Rien n’est moins sûr. C’est d’ailleurs la tête de Gérard Collomb que l’opposition, de Mélenchon à Wauquiez – réclament déjà. « C’est embêtant, c’est même emmerdant, glisse un ministre de poids. Il ne faudrait pas que l’affaire Benalla vire au feuilleton. »

En clair, Emmanuel Macron peut-il rester silencieux ? À trop attendre, il risque de devenir inaudible.

 

 

 

 

 

 

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