Portrait de Hadjibou Soumaré…challenger de Macky Sall en 2019

Hadjibou Soumaré ancien Premier ministre sous le régime de Me Wade, ancien président de la Commission de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) lance son mouvement politique ce dimanche après-midi. Encore un technocrate qui se jette dans le marigot politique. PORTRAIT.

Hadjibou Soumaré risque gros. Il se sait attendu au tournant dans une classe politique sénégalaise où tous les coups sont permis. Même les plus bas en desso us de la ceinture. C’est pourquoi, en bon technocrate, soucieux de préserver son image lisse, il a fait le tour des grandes familles religieuses avant de se jeter dans cette mare à crocodiles. Façon de se préserver des éventuels crocs et autres morsures venimeuses. C’est ce dimanche vers les coups de 15 heures que l’enfant de Grand Thiès va faire le grand saut à travers une déclaration de candidature à l’élection présidentielle de 2019. Lui qui est déjà porteurs de projets à travers sa formation politique Démocratie république. A Thiès, Dakar, et partout à travers le Sénégal, ses partisans sonnent la grande mobilisation. Puisque leur leader compte axer son programme «sur la compétence et l’action pour un changement radical de vision politicienne au Sénégal». Mais déjà quelques observateurs de la scène politique ont des doutes sur la capacité de l’ancien Premier ministre à faire soulever les foules. «Les Sénégalais ne le connaissent pas assez», soupire-t-on. Mais être Premier ministre de Me Wade de 2007 à 2009 ouvre forcément des portes. Occuper le poste gratiné de Président de la Commission de l’Uemoa garantit également un carnet d’adresses et un réseau d’argentiers solides. Mais qui est ce grand technocrate que l’Afrique nous enviait qui a décidé de franchir le pas dans sa carrière politique ? En tout cas, sa mère Adja Fatou Diop Aïdara rappelée à Dieu dernièrement va lui manquer. C’est qu’entre ce pur «produit» de la méritocratie à la sénégalaise et sa maman, les relations étaient presque fusionnelles.

Orphelin de père à trois ans

On est en 1954, Hadjibou Soumaré est un gavroche insouciant de trois ans qui court les rues du populeux quartier de la Médina à Dakar. Quand une terrible nouvelle vient stopper sa course innocente dans les ruelles de son quartier. Son père, Alassane Soumaré, un entrepreneur réputé qui avait ses affaires à Dakar, passe de vie à trépas. Un décès brutal pour Hadjibou. Car, on vient de rendre son père au seigneur. Sans l’avertir. Il devra désormais compter seulement sur sa mère Adja Fatou Aïdara Diop, une «grande dame» dont la mère, Marième Aïdara, est «Chérif», une petite fille du prophète Mouhamad. Tout son amour de chérubin, Hadjibou va le transposer à sa maman adorée. Le défunt père n’est plus de ce monde, mais il a laissé assez de biens pour inscrire ses enfants à l’école. Après cette nouvelle année tragique, sa mère rejoint la maison familiale à Thiès. Dans ce quartier Grand-Thiès, l’oncle Bounama Diop fait office de «père» et veille sur la fratrie des Soumaré.

Ami d’enfance de l’ancien ministre des Finances, Abdoulaye Diop

Teint clair, regard timide, un brin nonchalant, Mame Cheikh cache un tempérament de feu, qui sait d’où il vient et où il va. Grâce à ses principes, Hadjibou, l’enfant gâté par sa maman, qui a tous les traits de son défunt père, s’ingénie à rester exemplaire à l’école. Après le Bepc (actuel Bfem), cet amoureux des matières scientifiques est orienté, avec seulement deux autres condisciples, en série D au lycée Malick Sy de Thiès. Le hasard met sur son chemin un copain et voisin de quartier : Abdoulaye Diop, ancien ministre d’Etat, ministre de l’économie et des Finances, auprès de qui, Hadjibou a été délégué comme chargé de budget. Complices, les deux ados s’activent avec appétit au sein de l’association sportive et culturelle (Asc) Grand-Thiès. Ils sont voisins, frères et amis dès le bas âge. Adultes, ils sont complices, collaborateurs loyaux qui ont formé à partir de l’an 2001 un binôme singulier à la table du Conseil des ministres. Un destin lumineux savamment et patiemment préparé sur les tables-bancs de Malick Sy où Hadjibou a obtenu son bac.

L’Université de Dakar lui ouvre ses bras en 1972-1973. Les années de fac passent vite pour ce «rat de Bibliothèque» qui décroche sa maîtrise de sciences économiques en 1979. Le marché de l’emploi ne le tente pas encore. Alors, il décide de passer le concours de l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM), section inspecteur du Trésor. Où incroyable hasard, il rencontre un vieil ami de Thiès : Abdoulaye Diop. Ils ne se sépareront plus. En 1981, Hadjibou sort de l’Enam avec son parchemin d’inspecteur du trésor. Il mène une vie rangée. Affecté à l’intérieur du pays, il découvre les réalités du Sénégal profond. Il sert à Sédhiou, Bambey, Kaolack…Puis il occupe le poste de directeur de la monnaie et du crédit en 1990…

Les décès de son oncle et de sa grand-mère renforcent sa foi

Jeune cadre promis à un avenir radieux, Mame Cheikh fait la connaissance d’une fille de «bonne famille» Fatma Guiro, habitant Rufisque. Le mariage est scellé. Il sera père de deux enfants : Pape Jean Soumaré et Cheikhou Soumaré. A chaque fois que de besoin, Hadjibou va «constamment à Thiès se ressourcer», «entre dans les concessions du quartier» pour s’enquérir des nouvelles des gens. Le 23 mai 2001, l’homme taiseux au visage imperturbable est nommé ministre délégué, auprès du ministre des Finances, chargé du Budget et de l’Habitat. Puis le 6 novembre 2002, ministre délégué auprès du ministre de l’Economie et des Finances chargé du budget. La même année, son oncle Bounama Diop a la santé vacillante. Mame Cheikh s’occupe de tout et se préoccupe au fil des jours de l’état préoccupant de celui a éternellement veillé sur son épanouissement. Quelques jours plus tard, on lui annonce le décès de son oncle, alors que le ministre délégué accueille une délégation de la Banque Mondiale. Cissé Thiam, l’ami d’enfance, en garde un souvenir parlant : «C’est lui alors, en tant que ministre délégué, qui a enlevé son grand boubou pour le porter sous terre. Il n’avait qu’un sous-vêtement et il est entré à l’intérieur de la tombe pour enterrer son oncle. Il y a eu des frissons dans la foule, car tout le monde savait ô combien il était très lié à lui.»

Ce énième décès, après celui de son père et de sa grand-mère, renforce sa foi. Dans sa villa sise à Liberté 6 Extension à Dakar, il écourte ses nuits de sommeil pour aller prier à la mosquée le matin de très bonne heure. Le voisinage loue sa disponibilité. A la surprise générale, à 56 ans, l’élève «passable» surprend son monde, quand Me Wade le nomme au poste de Premier ministre le 19 juin 2007. Il occupe le «très compliqué poste» jusqu’à avril 2009. A son départ de la primature, il effectue ensuite une retraite de la vie publique nationale. S’exile à Dubaï. Il a occupé pendant des années le prestigieux fauteuil de la présidence de la Commission de l’Uemoa… A 67 ans, Hadjibou s’invente un destin national en déclarant sa candidature.

lobs

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